Il y a des baptêmes du feu plus confortables. Le 28 août, Kevin Warsh prendra pour la première fois la parole au symposium de Jackson Hole, dans le Wyoming, en tant que président de la Réserve fédérale. Le grand rendez-vous annuel des banquiers centraux, organisé du 27 au 29 août par la Fed de Kansas City, se tient cette année dans un climat que Jerome Powell, son prédécesseur, n'a jamais connu : une inflation qui réaccélère, un marché du travail qui cale et des taux longs à des niveaux inédits depuis la crise financière.

5,34 % à trente ans

Le signal le plus spectaculaire vient du marché obligataire. Le rendement de l'emprunt du Trésor américain à 30 ans a atteint 5,34 % mardi, son niveau le plus élevé depuis 2007. La tension s'est propagée à l'ensemble des grands marchés : le 30 ans britannique s'échange à 5,86 %, le français à 4,91 %, l'allemand à 3,78 %.

Les causes se cumulent. L'inflation américaine s'est établie à 3,4 % sur un an en juillet, conforme aux attentes mais très au-dessus de la cible de 2 %, tirée par l'énergie depuis la fermeture du détroit d'Ormuz. La Fed elle-même a indiqué le 15 août que son indicateur préféré, l'indice PCE, devrait rester autour de 2,3 % sur l'ensemble de 2026. Et le Trésor continue d'emprunter massivement pour financer un déficit creusé par l'effort militaire, alimentant la prime de terme exigée par les investisseurs.

Une Fed coincée

Dans ce contexte, la banque centrale maintient sa fourchette cible entre 3,50 % et 3,75 % — le taux effectif s'établissait à 3,63 % début août —, après les baisses engagées en 2024 et 2025. Le débat interne est désormais ouvert entre ceux qui jugent nécessaire une pause prolongée et ceux qui n'excluent plus une hausse si les effets de second tour de l'énergie se confirment.

Le problème est que l'économie réelle envoie le signal inverse. Le rapport sur l'emploi de juillet, publié le 7 août, a fait état d'une destruction nette de 23 000 postes, une première depuis la pandémie, provoquant ce jour-là un bond de l'or à 4 363 dollars l'once. Resserrer face à une inflation importée tout en regardant l'emploi se dégrader : c'est exactement le dilemme que les manuels d'économie appellent stagflation.

« Warsh a été nommé pour baisser les taux et il va devoir expliquer pourquoi il ne le fait pas. Son discours sera lu mot à mot, non pour ce qu'il annonce, mais pour ce qu'il s'interdit », résume un économiste de banque.

Ce que le marché attend

Les anticipations sont prudentes. Les contrats à terme n'intègrent plus de baisse de taux avant la fin de l'année, et une minorité d'opérateurs parie sur une hausse d'ici décembre. Le consensus attend de Jackson Hole moins une annonce qu'une méthode : la Fed devrait insister sur une approche « réunion par réunion », strictement dépendante des données mensuelles, et rejeter tout calendrier prospectif.

Le nouveau président devrait également évoquer la révision du cadre de politique monétaire, un exercice que la Fed mène tous les cinq ans et qui tombe cette année au pire moment. Une chose est sûre : pour les marchés d'actions, qui ont vu le Nasdaq reculer avec la hausse des rendements, et pour le dollar, qui s'est raffermi face à l'euro (1,158 dollar), le vendredi 28 août sera la vraie rentrée.