C'est le genre de semaine que les directions financières préféreraient oublier. Lundi 17 août au soir, Stellantis a annoncé le rappel volontaire de 955 000 véhicules dans le monde, essentiellement en Amérique du Nord, pour un risque de dysfonctionnement de la caméra de recul. En cause : le logiciel de l'autoradio, susceptible d'interférer avec l'affichage de la caméra sur plusieurs modèles Chrysler (Pacifica, Voyager), Dodge (Charger), Jeep et Ram.
Environ 850 000 voitures sont concernées aux États-Unis, 83 000 au Canada, 8 000 au Mexique et 16 000 dans le reste du monde. Le groupe se veut rassurant sur la facture : la correction passe par une mise à jour logicielle à distance, sans passage obligatoire en concession, ce qui devrait limiter le coût de l'opération.
Un titre divisé par deux depuis janvier
Le problème est que ce rappel vient s'ajouter à une liste déjà longue. Fin juillet, les résultats semestriels, conformes aux attentes, avaient confirmé la pression persistante sur la rentabilité en Europe et une accélération plus lente qu'espéré aux États-Unis, où les stocks restent élevés. La direction a maintenu ses objectifs annuels, tout en reconnaissant que l'amélioration ne viendrait qu'au second semestre.
Le marché, lui, n'a pas attendu. Avec une baisse de 53 % depuis le 1er janvier, l'action est retombée à son plus bas niveau depuis 2013 et figure parmi les pires performances du CAC 40 comme du FTSE MIB milanais. Lundi, le titre abandonnait encore 4 % à l'annonce du rappel, tandis que le syndicat canadien Unifor évoquait l'éventuelle cession d'une usine au Canada — une information que le groupe n'a pas commentée.
« Le dossier cumule tout ce que les investisseurs détestent : marges sous pression, stocks américains, incertitude tarifaire et désormais un rappel massif », résume un analyste parisien. « Mais à ces niveaux de valorisation, le moindre signal positif déclenche des rachats de positions vendeuses. »
Rebond technique
C'est précisément ce qui s'est produit. Mardi 18 août, à contre-courant d'un CAC 40 en repli pour la sixième séance consécutive, Stellantis a signé la meilleure performance de l'indice avec un bond de 6,77 %. Le mouvement s'est prolongé mercredi matin (+3,79 % à 4,55 euros, plus d'un million de titres échangés dans les premiers échanges), entraînant Renault dans son sillage (+1,4 %).
Les analystes restent prudents sur la portée du rebond. Les volumes témoignent surtout de débouclages de positions à découvert sur un titre massivement vendu, plus que d'un changement de lecture sur les fondamentaux. Le rendez-vous décisif reste la publication du troisième trimestre, qui dira si le redressement promis par Antonio Filosa, directeur général depuis 2025, commence à se matérialiser.
Une organisation remaniée
En attendant, le groupe poursuit la réorganisation de son état-major. Depuis le 3 août, Tianshu Xin pilote la région Chine et Asie-Pacifique et Pablo Di Si a été nommé *Chief Performance Officer*, chargé de l'exécution du plan de création de valeur. Tous deux rapportent directement au directeur général.
Pour les actionnaires de long terme, la question est désormais moins celle du prochain trimestre que celle du modèle : un groupe à quatorze marques, présent sur des marchés aussi différents que les États-Unis, l'Europe et l'Amérique latine, peut-il retrouver les marges à deux chiffres de l'ère Tavares ? Le marché, à 4,55 euros l'action, répond pour l'instant par la négative.


