La Bourse de Paris n'en finit plus de reculer. Mardi 18 août, le CAC 40 a terminé en baisse de 0,82 %, à 8 509,36 points, signant sa sixième séance consécutive de repli. Depuis son sommet du début du mois, l'indice a rendu près de 3 %. Le SBF 120, plus large, a fait mieux que résister (+0,09 %), preuve que la baisse se concentre sur quelques grandes valeurs.

Deux forces tirent le marché vers le bas. La première est géopolitique : le protocole d'accord de 60 jours conclu en juin entre Washington et Téhéran est arrivé à échéance lundi sans que les deux parties ne s'entendent sur un accord plus large. Donald Trump a indiqué aux journalistes qu'il n'avait « aucun intérêt » à le prolonger, et le détroit d'Ormuz reste quasiment fermé au trafic commercial. Le Brent a repris 1,1 % à 91,85 dollars, proche de ses plus hauts du mois ; le WTI a gagné 1,4 % à 85,69 dollars.

Les taux longs au plus haut depuis 2007 outre-Atlantique

La seconde force est obligataire. Le rendement de l'emprunt américain à 30 ans a atteint 5,34 %, un niveau plus vu depuis 2007, alors que le débat fait rage au sein de la Réserve fédérale entre partisans du statu quo et tenants d'un nouveau tour de vis. La contagion touche l'Europe : l'OAT française à 10 ans s'est tendue de 4 points de base à 4,11 %, le Bund allemand à 3,26 % ; à 30 ans, la France emprunte à 4,91 %, l'Allemagne à 3,78 % et le Royaume-Uni à 5,86 %.

« Quand le 30 ans américain casse ses plus hauts de quinze ans, la prime de risque actions se comprime mécaniquement. Les valeurs de croissance chèrement valorisées sont les premières touchées », observe un stratégiste parisien.

Les semi-conducteurs décrochent

C'est le cas des semi-conducteurs. STMicroelectronics a plongé de 7,6 %, plus forte baisse de l'indice, et Soitec, hors CAC 40, a dévissé de 14,8 % à 113,70 euros. Les deux valeurs paient des prises de bénéfices massives après des parcours spectaculaires : Soitec affiche encore un gain de près de 390 % depuis le début de l'année, porté par l'engouement pour les puces destinées à l'intelligence artificielle. Les industrielles exposées aux centres de données ont suivi, Schneider Electric perdant 4,4 % et Legrand 4 %. Crédit Agricole a cédé 2,3 % dans un secteur bancaire chahuté par la remontée des taux.

À l'inverse, EssilorLuxottica (+2,6 %) et Dassault Systèmes (+2,5 %) ont tiré leur épingle du jeu, de même que TotalEnergies (+1,3 % à 76,90 euros), soutenue par le pétrole. La surprise est venue de Stellantis, qui a rebondi de 6,77 % après avoir touché la veille un plus bas depuis 2013. Hermès a gagné 0,7 % à 1 560 euros, mais reste en recul de 26 % sur l'année, symbole d'un secteur du luxe toujours à la peine.

Sur le marché des changes, l'euro est resté stable à 1,158 dollar.

Le scénario de rentrée

Pour les gérants, la question est de savoir si la correction estivale, somme toute modérée, peut dégénérer. Beaucoup relèvent que les résultats semestriels ont été globalement solides et que l'indice reste largement positif depuis le 1er janvier. Mais l'agenda des prochaines semaines est chargé : discours de Kevin Warsh à Jackson Hole le 28 août, inflation d'août en zone euro, puis réunion de la BCE le 11 septembre, où une hausse de taux est jugée quasi certaine par le marché. « Tant que le pétrole reste au-dessus de 90 dollars, la BCE n'a pas le choix, et les marchés le savent », tranche un gérant obligataire.