Le calendrier était connu de tous, l'issue beaucoup moins. Lundi 17 août, le protocole d'accord de 60 jours conclu le 18 juin entre les États-Unis et l'Iran est arrivé à expiration sans qu'aucun accord de paix global n'ait été trouvé. Le texte devait offrir aux deux pays une fenêtre diplomatique pour négocier, notamment sur le programme nucléaire iranien, tout en rétablissant progressivement la navigation dans le détroit d'Ormuz.
Interrogé lundi soir, Donald Trump a déclaré n'avoir « aucun intérêt » à prolonger le protocole, ajoutant qu'il n'avait « pas de calendrier » pour mettre fin au conflit et n'était « pas pressé ». Le président américain a également menacé Oman, médiateur traditionnel entre Washington et Téhéran, de frappes si le sultanat « se mettait en travers » des efforts américains, avant d'affirmer que les États-Unis devraient considérer le détroit comme « un territoire » américain. Mardi, il assurait disposer d'un canal de discussion discret avec les Gardiens de la révolution, ce que l'armée iranienne a démenti.
Téhéran pose ses conditions
Côté iranien, le négociateur en chef a indiqué que le détroit resterait fermé tant que Washington ne respecterait pas les termes de l'accord intérimaire de juin : levée du blocus naval américain sur les ports iraniens, levée des sanctions pétrolières, dégel des avoirs et arrêt des opérations militaires. Téhéran affirme par ailleurs avoir conclu avec Oman un arrangement sur des couloirs de navigation — un point que les menaces de Donald Trump contre Mascate rendent d'autant plus sensible.
La réalité du trafic maritime illustre l'impasse. Avant la guerre, déclenchée le 28 février par des frappes américano-israéliennes, environ 130 navires franchissaient chaque jour le détroit, par lequel transite près d'un cinquième du pétrole mondial. Le 16 août, les services de suivi maritime n'ont recensé que trois passages.
Le pétrole entre 72 et 102 dollars en un mois
Les marchés de l'énergie vivent au rythme de ces annonces. Le baril de Brent, qui avait oscillé entre 72 et 102 dollars au cours du seul mois de juillet selon les espoirs et les déceptions sur un accord, a repris 2,7 % lundi puis s'est installé au-dessus de 91 dollars mardi. Le WTI américain a suivi à près de 86 dollars.
« Le marché n'intègre pas une fermeture durable du détroit, sinon nous serions bien au-delà de 100 dollars. Il intègre une paralysie diplomatique qui peut durer, avec des à-coups à chaque déclaration », analyse un spécialiste des matières premières.
Les conséquences dépassent largement le pétrole. En France, l'énergie a renchéri de 12,6 % sur un an en juillet, ramenant l'inflation au-dessus de 2 % ; en zone euro, la BCE a relevé ses taux en juin pour la première fois depuis près de trois ans et prépare les esprits à un nouveau tour de vis en septembre. Aux États-Unis, l'inflation s'est établie à 3,4 % en juillet, et les rendements obligataires à long terme ont atteint des plus hauts de quinze ans.
Une facture militaire qui s'alourdit
Le coût de l'opération pèse aussi sur les finances américaines. Le Pentagone a annoncé lundi un contrat de 22,9 milliards de dollars pour des missiles Tomahawk. Le porte-avions USS Abraham Lincoln, déployé depuis plus de 240 jours — un record —, doit être relevé par l'USS George Washington, au prix de tensions logistiques et humaines documentées par la presse américaine.
En mer Rouge, deux attaques ont coûté la vie à six marins le 11 août. L'Iran a quant à lui annoncé des primes pour la capture de militaires américains, tandis que les Gardiens de la révolution promettent des « surprises stratégiques ». Pour les marchés comme pour les diplomates, la rentrée s'annonce sans répit.





