Le rebond est confirmé. Dans ses chiffres définitifs publiés vendredi 14 août, l'Insee évalue à 2,1 % sur un an la hausse des prix à la consommation en France en juillet, contre 1,8 % en juin. Après plusieurs mois d'accalmie, l'inflation repasse au-dessus du seuil symbolique des 2 % — et la raison tient en un mot : l'énergie.

L'énergie à +12,6 %

Les prix de l'énergie ont bondi de 12,6 % sur un an, avec une envolée du gaz (+17,7 %) et des produits pétroliers (+20,7 %). L'institut statistique lie explicitement cette flambée à « la guerre au Moyen-Orient et aux difficultés d'approvisionnement en hydrocarbures » : depuis la fermeture du détroit d'Ormuz fin février, le baril de Brent évolue entre 70 et 100 dollars, au gré des annonces diplomatiques.

Les services ont également contribué à l'accélération, à +2,2 %, sous l'effet de l'hébergement, de la restauration et des transports en pleine saison estivale. L'alimentation reste en revanche contenue (+1 %, mais +3,8 % pour les produits frais), et les produits manufacturés continuent de reculer (−0,7 %), signe que la demande des ménages ne permet pas aux industriels de répercuter leurs coûts.

L'indice des prix harmonisé (IPCH), qui sert de référence à la Banque centrale européenne, ressort à +2,4 % sur un an.

Une croissance qui s'essouffle

Cette poussée intervient alors que l'activité marque le pas. Le PIB n'a progressé que de 0,2 % au deuxième trimestre, et l'Insee note que les ménages ont commencé à restreindre leurs dépenses « contraintes », en particulier dans l'hébergement-restauration et les transports, précisément les postes où les prix montent le plus vite.

« Nous sommes dans le cas de figure le plus inconfortable pour une banque centrale : une inflation importée par l'énergie, qui pèse sur le pouvoir d'achat et donc sur la croissance. Monter les taux ne fera pas baisser le prix du baril, mais ne rien faire risque d'ancrer les anticipations », résume une économiste de marché.

La BCE vers une hausse le 11 septembre

Car c'est bien à Francfort que se joue la suite. Le 23 juillet, la BCE a laissé son taux de dépôt inchangé à 2,25 %, après l'avoir relevé en juin pour la première fois depuis près de trois ans. Christine Lagarde avait alors prévenu : « Plus les prix de l'énergie restent élevés longtemps, plus ils risquent de faire grimper l'inflation générale par le biais d'effets indirects et de deuxième tour. »

Les chiffres français de juillet, comme ceux publiés dans les autres grands pays de la zone euro, vont dans le sens d'un nouveau resserrement. Les marchés estiment désormais à environ 95 % la probabilité d'une hausse d'un quart de point lors de la réunion du 11 septembre, qui s'accompagnera de nouvelles projections économiques. D'ici là, trois indicateurs seront scrutés : le prix de l'énergie, l'inflation d'août — publiée fin du mois — et la résistance de l'activité.

Ce que cela change pour les ménages

Pour les épargnants, la remontée de l'inflation a déjà eu un effet mécanique : le taux du Livret A est passé de 1,5 % à 1,7 % au 1er août, au terme de la formule réglementaire. Pour les emprunteurs, en revanche, la tension sur les taux longs — l'OAT à 10 ans flirte avec 4,1 % — laisse présager des crédits immobiliers plus chers à la rentrée, alors que la reprise du marché restait fragile. Quant aux automobilistes, ils constatent chaque semaine à la pompe ce que les statistiques de l'Insee viennent de chiffrer.